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Religion et monde actuel

Opium ou vitamine ?

30 décembre 2009

« Il y a un siè­cle et demi, au début de la révo­lu­tion indus­trielle, la reli­gion était décrite comme ’l’opium des peu­ples’.
Aujourd’hui, dans le contexte de la mon­dia­li­sa­tion, elle est de plus en plus consi­dé­rée comme la ’vita­mine des pau­vres’ ».
Opium ou vita­mine, donc ? Ou plu­tôt : quand opium et quand vita­mine ?

Elle n’est pas de moi cette phrase1  : « Il y a un siècle et demi, au début de la révolu­tion indus­trielle, la reli­gion était décrite comme ’l’opium des peu­ples’ ; aujourd’hui, dans le contexte de la mon­dia­li­sa­tion, elle est de plus en plus considérée comme la ’vita­mine des pau­vres’ ».
Opium ou vita­mine ?
Je me demande : opium ou vita­mine ? vita­mine ou opium ?
Est-ce ce tout sim­ple­ment une ques­tion idéolo­gi­que : "je suis croyant donc la reli­gion ne peut pas être une aliénation" ou "toute reli­gion est l’aliénation de la libre pensée et un ins­tru­ment de domi­na­tion" ?
Est-ce un fait lié à l’époque his­to­ri­que, ou au contexte humain et social ? On ne peut pas nier le rôle décisif du boud­dhisme tibétain et de son lea­der, le Dalai Lama, dans la résis­tance paci­fi­que du peu­ple hima­layen opprimé.
Quand opium et quand vita­mine ?
La bonne ques­tion, à mon avis, ne tourne pas autour d’un choix d’opi­nion entre l’une ou l’autre défini­tion, choix basé sur des considérations idéolo­gi­ques, his­to­ri­ques ou socio­lo­gi­ques. La bonne ques­tion est "quand l’un, et quand l’autre ?", ou encore mieux "com­ment l’un et com­ment l’autre ?".
En effet très nom­breux sont les exem­ples où la foi est uti­lisée pour mani­pu­ler des popu­la­tions et où des pou­voirs inhu­mains uti­li­sent la reli­gion pour se légiti­mer. En même temps aussi nom­breux sont les cas où la foi en un dieu sou­tient et accom­pa­gne l’éman­ci­pa­tion popu­laire ainsi que des vérita­bles lut­tes d’oppo­si­tion à pou­voirs et abus. 
La reli­gion n’est pas idéolo­gie
Je pense que sou­vent la per­cep­tion du reli­gieux reste limitée à une ins­pi­ra­tion idéolo­gi­que ou à une appar­te­nance iden­ti­taire : adhérer à une reli­gion signi­fie être en oppo­si­tion à tout ce qui en est en dehors d’un système de pensée. Par conséquent tout ce qui est contraire est à igno­rer, par­fois même à conver­tir, voir à com­bat­tre.
Le reli­gieux, avant tout et par défini­tion, est rela­tion au trans­cen­dant : petit bout de connais­sance et ten­ta­tive de rap­port avec un dieu au des­sus des limi­tes humai­nes.
C’est aussi une démar­che guidée : la référence aux tex­tes sacrés, le témoi­gnage d’une tra­di­tion sou­vent très ancienne, les intui­tion de prophètes et de lea­ders ins­pirés, l’étude appro­fon­die de sour­ces his­to­ri­ques et théolo­gi­ques en font par­tie. 
Parcourir un che­mi­ne­ment reli­gieux conduit à un huma­nisme évolué, à une compréhen­sion de l’homme et de la vie qui dépasse les limi­tes et les besoins per­son­nels contin­gents. 
Un modèle vivant et imprévisi­ble
Entrer en rela­tion avec un dieu trans­cen­dant pousse à une considération plus grande de soi et des autres per­son­nes, qui bénéficient de cette même rela­tion. C’est une inci­ta­tion forte à pous­ser plus loin ses res­sour­ces d’intel­li­gence et d’action, en cohérence avec un modèle exi­geant : un modèle qui n’est pas dogme sta­ti­que mais être vivant avec qui entre­te­nir une rela­tion libre et sou­vent imprévisi­ble.
C’est, me sem­ble-t-il, le para­doxe appa­rent de toute reli­gion : offrir une struc­ture de pensée et d’orga­ni­sa­tion au ser­vice d’un dieu qui dépasse cette même pensée et cette même orga­ni­sa­tion.
C’est aussi le défi que les lea­ders reli­gieux sont appelés à assu­mer à cha­que époque his­to­ri­que pour ren­dre présent ce dieu éter­nel aux hom­mes et fem­mes de leur temps.
Le dia­lo­gue indis­pen­sa­ble
Un ami me disait récem­ment que "si Dieu avait voulu une seule reli­gion, il y aurait une seule reli­gion". En effet la présence de nom­breu­ses reli­gions me sem­ble une bonne réponse stratégique d’un dieu qui ne veut pas se lais­ser contrain­dre dans un système de pensée uni­que, aussi per­fec­tionné soit-il, un dieu qui n’accepte pas d’être un alibi pour des com­mu­nautés qui ten­draient à s’enfer­mer dans des systèmes sécuri­tai­res.
Un dia­lo­gue vérita­ble, théolo­gi­que et sur les pra­ti­ques, est néces­saire plus que jamais aujourd’hui entre les croyants de différen­tes reli­gions. 
Sans remet­tre en cause la fidélité de cha­cun à ses pro­pres convic­tions, l’écoute et la fra­ter­nité envers des per­son­nes aux pra­ti­ques et for­mu­la­tions différen­tes rap­pro­chent les croyants de l’expérience du trans­cen­dant décrite par nom­breux mys­ti­ques de tou­tes les époques : la vision d’un dieu supérieur à toute forme de codage et d’ins­tru­men­ta­li­sa­tion. 
Lieux de dia­lo­gue
Les lieux de la pra­ti­que reli­gieuse de cha­que com­mu­nauté ont voca­tion à deve­nir lieux de dia­lo­gue. 
Je ne cache pas la dif­fi­culté de dia­lo­gue entre com­mu­nautés reli­gieu­ses issues de pays en guerre entre eux, où des bles­su­res ancien­nes et récen­tes ravi­vent ten­sions et conflits.
Mais c’est peut être là que le dieu trans­cen­dant, grand, miséricor­dieux, pro­che et loin­tain, peut "vita­mi­ni­ser" cette huma­nité blessée et apeurée. 
Et c’est sur­tout dans nos pays où les lois démocra­ti­ques per­met­tent la coha­bi­ta­tion et l’expres­sion libre de ces com­mu­nautés que peut se dévelop­per la force et la volonté pour résou­dre les conflits appa­rem­ment sans issue.
La liberté reli­gieuse, non seu­le­ment dans la liberté de cons­cience, mais aussi dans la pra­ti­que per­son­nelle et com­mu­nau­taire, est un enjeu impor­tant et base pour un apport posi­tif des reli­gions aux besoins du monde d’aujourd’hui.
 
 

1. Monseigneur Celestino Migliore, ambas­sa­deur du Vatican à l’ONU, s’adres­sait ainsi le mois de novem­bre der­nier à l’Assemblée Générale des Nations Unies. Dans son dis­cours il met­tait en évidence le rôle de l’ONU pour que les états assu­rent plei­ne­ment, à tous les niveaux, le droit à la liberté reli­gieuse.

Religion

 

 

veromais ,11 janvier 2010

Opium ou vitamine ?

Et bien ,je ne m’atten­dais pas à ces lignes sur un site pro­fes­sion­nel d’infor­ma­ti­que !...Merci pour tou­tes ces réflexions pas­sion­nan­tes et ...qui me plai­sent beau­coup.

D’autre part ,j’ai lu - rapi­de­ment- ton texte très inté­res­sant également sur le nom­bre d’or ...Et ton choix bien clair (et struc­turé ds son expli­ca­tion) d’appli­quer celui-ci pour ton site .

Quelques erreurs (peti­tes) d’expres­sion et d’ortho­gra­phe pas gênan­tes pour sui­vre les sujets.

 

 

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